« le diktat » de l’Allemagne à la Grèce selon DSK

Pour l’affaire DSK avec la pute / femme de ménage du Sofitel de New-York, j’ai pris sa défense dans plusieurs de mes articles car je n’aime pas l’injustice et la calomnie médiatique. A cet époque, je pensais qu’il avait juste un problème avec sa libido et un manque de bon sens / prudence pour sa vie privée mais en lisant sa lettre du 18 juillet aux allemands je pense maintenant que son problème est plus large et sérieux. Il devrait consulter un psychiatre si ce n’est pas déjà le cas.

C’est le genre de discours pompeux et grandiloquent classique sur l’Union Européenne que j’ai entendu plusieurs fois dans le passé il y a plus de 20 ans mais aujourd’hui il me parait complètement déconnecté de la réalité des citoyens européens. Aujourd’hui, la grandiloquence ne m’impressionne plus et l’aveuglement idéologique / politique m’ennuie ou m’agace quand il vient de responsables socialistes ou ex-socialiste comme le couillon Melenchon.

DSK n’a pas eu de clairvoyance et prudence dans sa vie privée avant les élections présidentielles française de 2012 et ici il nous parle de grands idéaux sans bien voir les conséquences de la situation économique de l’Europe qui croule sous les dettes publiques, l’explosion démographique en Asie et en Afrique, la concurrence internationale terrible et l’émergence de l’économie chinoise, indienne dans le top des PIB … Comme dirigeant du FMI, il a aussi une responsabilité dans la tragédie grecque actuelle qui s’est aggravé depuis 2008. A force de vouloir l’union a tout prix pour la paix, on risque de récolter des guerres internes ou du terrorisme. Comment peux on être aussi aveugle ?! Vu sa formation, son cas relève sans doute d’un psychiatre. Sa culture, son instruction et son idéologie politique qui le conditionne et l’aveugle sur les conséquences des réalités actuelles. Ces élites qui n’ont plus le contact avec le sol terrestre : les taxes, le sans emploi, des entreprises sous le poids des impôts et de la concurrence étrangère… ils l’entendent mais ne le vive pas dans leur bulle luxueuse. C’est une sorte d’abstraction qui peux parfois devenir bien réel dans une cellule de prison ! Plusieurs de ces présidents « roi » mériteraient la prison ou la guillotine pour les pires comme Bush Junior, Chirac ou Sarkozyzy.

A mes amis allemands

Hollande a tenu bon. Merkel a bravé ceux qui ne voulaient à aucun prix d’un accord. C’est à leur honneur. Un plan a de bonnes chances d’être mis en œuvre, repoussant, sinon effaçant, les risques de Grexit. C’est insuffisant mais c’est heureux.

Mais les conditions de cet accord, quant à elles, sont proprement effrayantes pour qui croit encore en l’avenir de l’Europe. Ce qui s’est passé pendant le week-end dernier est pour moi fondamentalement néfaste, presque mortifère. Il y a, bien sûr, ceux qui ne croient pas en cet avenir. Ceux là se réjouiront, ils sont nombreux et de deux écoles différentes.

  1. La première regroupe tous ceux qui ont la vue trop courte. Ceux dont le nationalisme empêche de voir au delà de leurs frontières et qui s’interrogent en vain sur l’existence même de l’Europe. Mais qui sait ce qu’est vraiment l’Europe ? Qui sait d’où affleure ce continent ? L’Europe est-elle née dans les poèmes homériques du IXème siècle avant notre ère ? Est-elle née dans les tranchées de fange et de boue où tous les sangs du monde vinrent se mêler, mélanger leurs couleurs, brasser leurs rêves, croiser leurs ambitions ? Est-elle née plus près de nous encore, plus prosaïquement aussi, dans les minutieux et laborieux traités de l’Union Européenne ? Elle était, à n’en pas douter dans la tête d’Erasme qui, en 1516, écrit dans La complainte de la paix : « L’Anglais est l’ennemi du Français uniquement parce qu’il est français, le Breton hait l’Ecossais parce qu’il est écossais ; l’Allemand est à couteaux tirés avec le Français, l’Espagnol avec l’un et l’autre. Ô perversité des hommes, la diversité superficielle des noms de leurs pays suffit à elle seule à les diviser ! Pourquoi ne se réconcilient-ils pas plutôt sur toutes ces valeurs qu’ils partagent ensemble ? »
  2. Il y a aussi ceux qui ont la vue trop longue. Ceux qui sont capables de voir plus loin que leurs propres frontières mais qui ont choisi de renoncer à faire vivre cette communauté qui leur était pourtant la plus proche. Ils se tournent vers d’autres, plus à l’Ouest, auxquels ils ont accepté de se soumettre. C’est ce qui était dans la tête de Cioran dont l’écho de la rage impuissante nous parvient encore : « Comment compter, se désole-t-il, sur l’éveil, sur les colères de l’Europe ? Son sort et jusqu’à ses révoltent se règlent ailleurs ».
  3. Et puis il y a ceux, dont je suis, qui ne se reconnaissent ni dans les premiers ni dans les seconds. C’est à eux que je m’adresse ici ; à mes amis allemands qui croient en l’Europe que nous avons voulu ensemble naguère ; à ceux qui pensent qu’une culture européenne existe. Ceux qui savent que les pays qui en dessinent les contours, et dont les livres d’histoire ne retracent généralement que les conflits, ont façonné une culture commune qui n’est semblable à aucune autre.

Cette culture n’est pas plus riche qu’une autre, ni plus glorieuse, ni plus noble mais pas moins non plus. Elle est forgée dans cet alliage particulier où se fondent l’individualisme et l’universalisme égalitaire, elle incarne et revendique plus que toute autre ce que le philosophe allemand Jürgen Habermas nomme une « solidarité citoyenne» quand il écrit par exemple que « le fait que la peine de mort soit encore appliquée dans d’autres pays est là pour nous rappeler ce qui fait la spécificité de notre conscience normative ». De cette culture, nous sommes dépositaires. C’est une longue histoire, une formation longue de dizaines, de centaines d’années, une succession de douleur parfois, de grandeur bien sûr, et de conflits aussi, entre nous, entre frères européens. Nous avons dû dépasser ces rivalités, d’une violence parfois inouïe, sans jamais les oublier. Je ne sais si nous sommes sortis plus forts de ces épreuves européennes qui ont contribué à modeler l’histoire du monde ; ce dont je suis persuadé en revanche, c’est que nous y avons acquis un penchant particulier pour une société solidaire. L’Europe, c’est Michel Ange, Shakespeare, Descartes, Beethoven, Marx, Freud et Picasso. Ils nous ont appris, eux et tant d’autres encore, à fonder le partage entre la nature et la culture, entre le religieux et le séculier, entre la foi et la science, entre l’individu et la communauté. C’est parce que cet héritage nous est commun, qu’il est inscrit au plus profond de notre être collectif, qu’il n’en finit pas d’irriguer les œuvres dont nous avons été, dont nous sommes et dont nous serons capables, que nous avons su mettre fin à nos guerres intestines.

Mais le démon n’est jamais loin qui nous fait revenir à nos errements passés. C’est ce qui s’est produit pendant ce week-end funeste. Sans discuter en détails les mesures imposées à la Grèce pour savoir si elles sont bienvenues, légitimes, efficaces, adaptées, ce que je veux souligner ici c’est que le contexte dans lequel ce diktat a eu lieu crée un climat dévastateur. Que l’amateurisme du gouvernement grec et la relative inaction de ses prédécesseurs aient dépassé les bornes, je le mesure. Que la coalition des créanciers conduite par les allemands, soit excédée par la situation ainsi crée, je le comprends. Mais ces dirigeants politiques me semblaient jusqu’alors trop avertis pour vouloir saisir l’occasion d’une victoire idéologique sur un gouvernement d’extrême gauche au prix d’une fragmentation de l’Union. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit.

Les centaines de milliards d’euro de perte, qui va les payer ? Les multinationales et les banques qui font de l’optimisation (& évasion) fiscale a tour de bras ou les petites entreprises avec les citoyens via les charges patronales et les impôts ? De qui se moque t’on ? Oui de la bêtise et naïveté de la masse qu’on essaye d’endormir avec des promesses et des grands discours de principe.

A compter nos milliards plutôt qu’à les utiliser pour construire, à refuser d’accepter une perte –pourtant évidente- en repoussant toujours un engagement sur la réduction de la dette, à préférer humilier un peuple parce qu’il est incapable de se réformer, à faire passer des ressentiments – pour justifiés qu’ils soient- avant des projets d’avenir, nous tournons le dos à ce que doit être l’Europe, nous tournons le dos à la solidarité citoyenne d’Habermas. Nous dépensons nos forces en querelles intestines et nous prenons le risque d’enclencher un mécanisme d’éclatement. Nous en sommes là. Un fonctionnement de la zone euro dans lequel vous, mes amis allemands, suivis par quelques pays baltiques et nordiques, imposeriez votre loi sera inacceptable pour tous les autres. L’euro a été conçu comme une union monétaire imparfaite forgée sur un accord ambigu entre la France et l’Allemagne. Pour l’Allemagne, il s’agissait d’organiser un régime de taux de change fixe autour du Deutschemark et d’imposer par ce biais une certaine vision ordo-libérale de la politique économique. Pour la France, il s’agissait de manière un peu naïve et romantique d’établir une devise de réserve internationale à la hauteur des ambitions de grandeur de ses élites. Il faut désormais se sortir de cette ambiguïté initiale devenue destructrice et de ces projets autocentrés même si chacun sait qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens. Cela nécessite un effort commun en France comme en Allemagne. Chaque pays rencontre des obstacles majeurs sur ce chemin. L’Allemagne est prisonnière d’un récit trompeur et incohérent sur le fonctionnement de l’union monétaire largement partagé par sa classe politique et sa population.

En France, a l’inverse, la paresse, et le souverainisme larvé des élites économiques et intellectuelles est tel qu’il n’existe pas de récit ni de vision intelligente et rénovée de l’architecture de l’union monétaire qui puisse trouver un soutien populaire. C’est cette vision commune qu’il faut inventer d’urgence. Ne me dites pas que c’est seulement en imposant des règles de saine gestion que vous entendez sauver l’Europe ! Nul plus que moi n’est attaché au respect des grands équilibres et c’est ce qui nous a toujours rapproché. Mais il faut les faire respecter dans la démocratie et le dialogue, par la raison, pas par la force. Ne me dites pas que s’il en est ainsi et que si certains ne veulent rien entendre, vous continuerez votre route sans eux ! Jamais le repli sur le Nord ne suffira à vous sauver. Vous, comme tous les Européens, avez besoin de l’ensemble de l’Europe pour survivre, divisés nous sommes trop petits.

La mondialisation nous fait assister à l’apparition de grands espaces géographiques et économiques appelés à se répondre et à se concurrencer pour des décennies, peut être pour des siècles. Les zones d’influence qui se dessinent, les regroupements qui s’opèrent risquent de durer longtemps. Chacun voit bien se dessiner la plaque nord-américaine. Elle regroupera, autour des Etats Unis, ses satellites canadiens et mexicains, voire au delà. Tout donne à penser aujourd’hui que l’Amérique du Sud saura accéder à une forme d’autonomie. En Asie deux ou trois zones peuvent se dégager, selon qu’en sus de la Chine et de l’Inde, le Japon saura ou non créer autour de lui une solidarité suffisante justement parce que il est lui aussi trop petit s’il reste seul.

L’Afrique s’éveille, enfin, mais elle à besoin de nous. Quand au monde musulman, agité aujourd’hui par les tremblements liés à une utilisation politique de l’Islam par certains, il peinera sans doute à trouver son unité. L’Europe peut être un de ces joueurs mais ce n’est pas encore sûr. Pour y parvenir, son ambition doit être de se rassembler dans l’Union actuelle et même au delà.

Pour survivre parmi les géants, l’Europe devra regrouper tous les territoires compris entre les glaces du Nord, les neiges de l’Oural, et les sables du Sud. C’est à dire retrouver ses origines et envisager, à l’horizon de quelques décennies, la Méditerranée comme notre mer intérieure. La logique historique, la cohérence économique, la sécurité démographique, auxquelles j’ajouterai –quoi qu’il en semble- une proximité culturelle issue de la diffusion des religions du Livre, nous montrent la voie. Tout à nos conflits internes, nous ne regardons que vers le Nord et nous négligeons le Sud. C’est là pourtant qu’est le berceau de notre culture. C’est lui qui apportera à la vieille Europe le sang neuf des jeunes générations.

Hein ? De quel sud parle t’il ? De l’Afrique du Nord, comme si on avait pas assez de problème comme cela avec l’immigration clandestine et les radicaux musulmans. Quel beau programme, des arabes et des noirs pour remplacer la population française blanche. Ce DSK est un grand malade qu’il faut soigner d’urgence !

C’est lui qui fera de l’Europe le point de passage obligé entre l’Orient et l’Occident. Alexandre, Napoléon, nos folles ambitions coloniales ont cru construire cette unité par la force des armes. La méthode, cruelle et détestable, a échoué mais l’ambition était fondée. Elle le demeure. L’enjeu est de taille. Une alliance de quelques pays européens, même emmenée par le plus puissant d’entre eux, sera peu capable d’affronter seule la pression russe et sera vassalisé par notre allié et ami américain à une échéance qui n’est peut être pas si lointaine. Il y a ceux qui ont déjà choisi cette voie. Ce sont ceux dont je disais plus haut qu’ils ont la vue trop longue. Mais ce n’est pas le cas de tous. C’est aux autres que je m’adresse. L’Europe que je souhaite doit évidemment avoir ses règles et sa discipline de vie commune, mais elle doit aussi avoir un projet politique qui la dépasse et qui justifie ces contraintes. Aujourd’hui chacun semble l’avoir oublié. Notre modèle européen peut être un modèle pour d’autres peuples qui refusent de se couler dans un moule unique venu d’Outre Atlantique. Mais pour être un modèle, l’Europe doit voir loin, refuser les mesquineries, jouer son rôle dans la mondialisation, en un mot, continuer à façonner l’Histoire.

Si il était représentatif de l’élite politique et économique on serait dans un beau pétrin avec la crise majeure que nos civilisations vont traverser. Avec cette lettre, je n’ai plus aucun regret que sa carrière politique soit finie après le scandale médiatique de ses ébats sexuels avec une américaine d’origine africaine. Elle a voulu partager sa fortune puisqu’ils avaient beaucoup de choses en commun et elle y a réussi au civil. :mrgreen:

Comment peux t’on mettre l’avenir de nos civilisations et notre cultures entre les mains de malade, de caractériels (comme l’ancien ministre grec de l’économie) ou d’incompétents ? On a un problème pour choisir nos élites et on a un problème pour éduquer la masse. De ce point de vue, le gouvernement allemand m’a semblé plus compétent et responsable que le gouvernement français qui nous entraîne au fond avec des impôts et charges lourdes.

En voyant toutes ces promesses politiques irréalistes, cette propagande européenne +/- grossière je n’ai plus le goût de faire de la politique. Juste de penser comment m’en sortir avec ma famille de la prochaine grave crise financier et économique qui s’en vient avec le défaut de paiement des plusieurs pays occidentaux comme les USA, l’Italie, l’Espagne … On va voir l’effet domino bientôt qui feront voler en éclat tout ces beaux discours politique de solidarité. Nos démocraties et notre culture se meurent a petit feu mais nos élites ne le voient pas ou font semblant de ne pas le voir et continuent avec les boniments habituels.

Enfin ces erreurs de gouvernance ne datent pas d’hier si on regarde l’histoire de nos civilisations. C’étaient des rois ou des empereurs et maintenant ce sont des présidents élus qui nous conduisent parfois au désastre +/- rapidement. La différence c’est surtout dans la durée, tout va plus vite et s’écroule aussi plus vite de nos jours. Hitler avait beau rêvé de l’empire romain et de 1000 ans de règne pour son 3e Reich, son régime n’a durée que 10 ans environ, soit 100 fois moins. L’Union européenne va aussi éclater comme l’empire romain mais je lui donne moins d’un siècle d’existence au rythme des erreurs et problèmes actuels. Les plus jeunes d’entre nous devrait assister a sa dislocation. On verra bien ce que diront les historiens de nos politiciens actuels et ceux du passé proche…

Je suis plus en accord avec la lettre de Michel Rocard & Co:

D’abord, un lâche soulagement : l’Europe était passée si près de la catastrophe que nous ne voulions pas regarder le détail de l’accord. Le pire avait été évité : la Grèce n’était pas expulsée et la zone euro n’avait pas explosé. L’essentiel était sauf. En apparence en tout cas. Mais à quel prix ? Comment ne pas partager les inquiétudes du Spiegel qui voit dans cet accord « un catalogue de cruautés » imposées à la Grèce et« un recul pour l’Europe » ? Comment ne pas comprendre la colère de ces milliers de Grecs qui ont l’impression que leur vote a été bafoué ?

Alors que les deux premiers plans d’aide à la Grèce ont provoqué la chute de 25 % de l’activité du pays et fait flamber chômage et pauvreté sans jamais diminuer le ratio dette-PIB, qui peut croire que ce troisième plan va sortir la Grèce de la crise ?

Un accord de comptables

Comment fermer les yeux sur les souffrances du peuple grec quand on voit ces retraités dont les revenus ont baissé de 30 % ou 40 % et qui tentent d’aider enfants et petits-enfants ? Comment applaudir un accord de comptables quand on voit ces milliers d’hommes et de femmes qui « souffrent dans leur peau » car ils n’ont plus un accès normal aux soins ? Après des années de sacrifice qui ont permis de passer d’un déficit budgétaire de 12 % à un léger excédent, comment ne pas compatir aux souffrances et à la colère du peuple grec ?

Mais comment ne pas comprendre aussi les Allemands qui n’ont pas « envie de payer » ? Car les Allemands ont déjà beaucoup payé. Ils ont payé la réunification : quand le mur de Berlin est tombé, tous les dirigeants européens ont manifesté leur joie immense et leur soutien sans faille… mais l’Allemagne s’est retrouvée seule pour payer les conséquences d’une division imposée par les vainqueurs de 1945. Au milieu des années 2000, les Allemands ont payé aussi les réformes Hartz 4 qui visaient à relancer leur croissance dans une Europe paralysée par une gouvernance d’un autre âge. Et ce sont les Allemands qui ont payé plus du quart de l’aide déjà apportée à la Grèce…

Les Allemands ont donc déjà payé deux fois le défaut d’Europe. Et sommes-nous certains que Français, Espagnols et Belges sont beaucoup plus pressés de passer de nouveau à la caisse ?

Nous sommes tous des Grecs allemands. Nous avons tous envie d’être solidaires mais pas envie de payer. Comment sortir de cette schizophrénie ? En expliquant aux citoyens que la comptabilité des Etats n’est pas la comptabilité d’une famille et en construisant très vite une nouvelle Europe.

En 1953, quand la dette de l’Allemagne a été rééchelonnée, l’ensemble des créanciers ont accepté d’effacer 62 % des sommes dues. L’Allemagne a aussi bénéficié d’un moratoire de cinq ans sur le paiement des intérêts et d’une période de trente ans pour le remboursement, étant entendu que les remboursements pouvaient être interrompus s’ils représentaient plus de 5 % des recettes d’exportations. Et personne n’a demandé à l’Allemagne de quitter l’Europe naissante. Et aucun contribuable français ou italien n’a vu ses impôts augmenter pour cette raison ! Pourquoi ce qui était possible en 1953 pour l’Allemagne ne serait-il pas possible en 2015 pour la Grèce ?

Les créanciers de la Grèce ont déjà effacé 50% de la dette, lors d’un précédent plan d’aide. Le contribuable français ou italien n’a sans doute pas vu ses impôts augmentait mais indirectement il a payé. Croyez vous que seules les banques et institutions ont enregistre les pertes ? C’est prendre vraiment les gens pour des couillons … ce qu’ils sont majoritairement car il faut bien avouer que ça marche ce genre d’argumentation bidon! :mrgreen:

La France a un déficit de 3,8 % du PIB et la Commission européenne a décidé de suspendre la procédure de sanction contre Paris. Certes, compte tenu de sa dette, la Grèce doit tendre vers un solde primaire positif mais pourquoi lui imposer d’arriver à un excédent de plus de 3 % ?

On voit bien que le problème n’est pas seulement financier mais surtout politique : est-il encore possible qu’un peuple d’Europe choisisse une politique qui rompe avec les politiques néolibérales ?

Certes, la Grèce doit mettre en œuvre de vraies réformes. Nul ne le conteste. Il est urgent de moderniser l’Etat, lutter contre le clientélisme et la corruption, rendre le régime des retraites plus soutenable et mettre en place une vraie fiscalité. A priori, c’est ce que veut faire le nouveau gouvernement grec. Au lieu de provoquer le chaos politique et social dans son pays, laissons-lui un an ou deux pour le faire et voyons comment nous pouvons l’aider.

L’Europe est à la croisée des chemins. Depuis 2008, on a donné énormément aux banques et les peuples continuent à se serrer la ceinture. La vieille Europe est moribonde. Au-delà de quelques mesures d’urgence pour éviter le chaos en Grèce, il est urgent de construire une nouvelle Europe en redémarrant avec un nombre plus restreint de pays, ceux qui partagent la même ambition sociale et démocratique. Une Europe qui lutte contre les paradis fiscaux et contre le dumping fiscal (le taux moyen d’impôt sur les bénéfices est tombé à 25 % en Europe contre 40 % aux Etats-Unis ).

Une Europe qui cesse de monter les peuples les uns contre les autres et alimente une caisse de solidarité par le fruit d’une taxe Tobin (une coopération renforcée a été lancée par onze pays en 2013 pour mettre en œuvre cette taxe sur les transactions financières ; si elle n’était pas bloquée par les lobbies bancaires, elle rapporterait chaque année entre 50 et 80 milliards). Une Europe qui lutte contre les délocalisations avec un traité de convergence sociale. Une Europe où les 1 200 milliards que la Banque centrale européenne a prévu de créer dans les prochains mois, sont utilisés pour financer l’économie réelle, et en particulier la transition énergétique, ce qui permettrait de relancer l’activité en France, en Allemagne comme en Grèce…

Une Europe aux compétences élaguées mais dotée d’une diplomatie et d’une défense, qui se donne les moyens d’être une puissance de paix. Une Europe démocratique où le pouvoir n’est plus aux lobbies et à la technocratie mais où le vote des citoyens détermine, tous les cinq ans, les politiques mises en œuvre par un gouvernement responsable devant le Parlement…

Plus de temps à perdre

Depuis 1989, les dirigeants allemands – droite et gauche confondues – affirment régulièrement qu’il faut changer radicalement nos institutions et construire une Europe politique. Mais, chaque fois, les dirigeants français ont botté en touche. En mai 2012, François Hollande avait dit qu’il allait se battre pour changer l’Europe. Dans son allocution du 14-Juillet, il a dit qu’il fallait, « à terme », un gouvernement économique de la zone euro. Vu la gravité de la situation, il n’y a plus de temps à perdre.

Depuis 1989, l’Allemagne affirme qu’il faut construire une Europe politique. Chaque fois, les dirigeants français ont botté en touche

Si l’Europe est une famille, il faut comme dans une famille être capable de se réconcilier et de reprendre le dialogue quand la fatigue et l’énervement ont conduit à la confrontation. Tous ceux qui ont suivi les négociations depuis six ans et depuis six mois peuvent dresser la liste des erreurs commises de part et d’autre. Des milliers de Grecs se sentent aujourd’hui humiliés mais des milliers d’Allemands ont été humiliés aussi quand certains ont parlé des dettes nazies… Au lieu de ruminer ces humiliations, au lieu de les graver dans le marbre de traités, il est urgent de compléter l’accord passé avec la Grèce par une restructuration de sa dette et de lancer une nouvelle négociation pour refonder l’Europe. Avec les citoyens.

Pierre Larrouturou est porte-parole du parti politique Nouvelle Donne.
Philippe Maystadt, est ancien ministre des finances belge.
Miguel Angel Moratinos est ancien ministre des affaires étrangères espagnol.
Michel Rocard est ancien premier ministre.

Et pour finir un entretien avec L’Italien Romano Prodi, 75 ans, qui a présidé la Commission européenne entre 1999 et 2004. Il livre ses réflexions à la suite de l’accord trouvé entre la Grèce et ses créanciers.

Les conditions imposées à la Grèce pour son sauvetage vous paraissent-elles acceptables ?

Romano Prodi : Puisqu’elles ont été acceptées, elles sont donc acceptables. Mais elles ont été imposées de la pire manière qui soit. On a transformé un petit problème en un énorme problème. Si on avait fait preuve de bonne volonté dans un contexte de solidarité qui prévalait autrefois, tout aurait été plus facile. La confiance qui doit être à la base des relations entre les pays européens a été anéantie. Nous avons évité le pire, mais nous avons créé le mal.

Faut-il restructurer la dette d’Athènes ?

Tout le monde sait depuis longtemps que la Grèce ne pourra pas rembourser la totalité de sa dette. Réduction forte, abaissement des taux d’intérêt ou allongement des durées de prêt ? Au fond, cela ne fait pas une grande différence pratique. Mais quand un malade est dans un état grave, il faut mieux agir de façon chirurgicale.

Au fil des négociations, un fossé s’est creusé entre le nord et le sud de l’union monétaire. Peut-il être comblé ?

Cette fracture existe sans aucun doute. Pourtant, le nord de l’Europe, et disons plus clairement l’Allemagne, a su profiter de l’euro. Je m’attendais de sa part à une plus grande attention à l’intérêt commun, vu que ses intérêts nationaux ont été satisfaits. Mais l’opinion publique allemande a beaucoup changé. Quand les Américains ont pris le leadership sur le monde à la fin de la seconde guerre mondiale, ils ont lancé, eux, le plan Marshall. Non pas par charité chrétienne, mais comme une conséquence naturelle de leur puissance.

L’Europe peut-elle être en « danger de mort » ? D’autres crises peuvent-elles surgir et où ?

Quand nous avons décidé de lancer l’euro, puis d’aller de l’avant avec la Constitution, rejetée par les Français et les Hollandais [en 2005], nous étions tous d’accord pour dire que cette construction reposait sur deux piliers : le pilier monétaire et le pilier économique et fiscal. Malheureusement, seul le premier pilier a été érigé. Donc, l’Europe est un pain à moitié cuit. Le pain mal cuit est difficile à mastiquer, à avaler… Les citoyens européens ne peuvent pas se sentir protégés dans une Europe à moitié achevée. Restent deux solutions : ou bien nous finissons la cuisson, c’est-à-dire que l’Europe se dote d’une politique économique et fiscale, ou bien d’autres crises surgiront. Elles peuvent venir aussi bien de l’Allemagne que de la France, de l’Italie ou de l’Espagne.

Même de l’Allemagne ?

Lorsque je présidais la Commission, je prenais cet exemple absurde : « Que ferait l’Union si un tremblement de terre détruisait le Luxembourg ? » Or, cette probabilité est quasi impossible. Cela pour dire que les crises peuvent surgir n’importe où d’événements imprévisibles. La politique en général est faite pour gérer même l’imprévisible, mais nous ne sommes pas armés pour faire face aux crises financières ou à l’imbroglio grec… Il faudrait aussi évoquer la frilosité des gouvernements français, toujours rétifs à aller de l’avant.

Le couple franco-allemand peut-il être encore le moteur de l’Europe ?

Non. Non, parce que ce moteur est complètement déséquilibré. L’Allemagne dispose de plus de puissance, de plus de cylindrée ; en comparaison, la France paraît bien plus faible. Or, les moteurs ne peuvent pas fonctionner de cette manière. Il y a un an, j’ai proposé une plus grande collaboration entre l’Italie, la France et l’Espagne, dont les intérêts sont identiques. Mais cette idée n’est pas encore politiquement mûre. Malheureusement, la confiance manque. Chacun veut se croire le maître de l’autre !

De quoi l’Europe est-elle coupable dans la crise grecque ?

C’est une longue histoire. Quand, en 2003, j’ai voulu faire respecter le pacte de stabilité que la France et l’Allemagne avaient malmené, Jacques Chirac et Gerhard Schröder me firent remarquer que ce n’était pas le rôle de la Commission. J’ai proposé alors qu’une « cour des comptes européenne » surveille les budgets des divers pays. Ils me répondirent qu’il y avait déjà assez d’autorités de contrôle bureaucratiques en Europe. J’ai alors proposé que l’office européen de statistiques, Eurostat, puisse s’en occuper. Nouveau refus. Dans un entretien au Monde [en octobre 2002], j’avais déclaré que le pacte de stabilité était stupide. Parce qu’il y a des années où il faut avoir des budgets excédentaires et d’autres où il faut faire du déficit. Treize ans plus tard, c’est encore plus évident : il est stupide, car il n’est qu’une norme arithmétique. A partir du moment où l’on a empêché la Commission de gérer le pacte de stabilité et où l’on a choisi la voie des égoïsmes supranationaux, on a ouvert la voie à la crise grecque et à mille autres problèmes dans l’avenir.

Peut-on encore réenchanter l’Europe ?

Nos gouvernements ont cru préférable de suivre les partis populistes en faisant moins d’Europe. Pourtant, c’est dans les moments comme celui-ci qu’il faudrait revenir à l’esprit des pères fondateurs. Combattre le populisme en réfrénant la solidarité et la construction européenne n’est pas une solution. Nous, les Européens, nous avons un destin à assumer dans le monde si nous sommes unis. Autrement, nous sommes finis.

Croyez-vous encore dans le projet européen ?

Oui, j’y crois parce que, à chaque fois que nous sommes arrivés au bord du précipice, la sagesse des peuples, même si elle était dictée par la peur, nous a de nouveau réunis. Mais si nous continuons comme cela, nous passerons totalement à côté de la marche du monde. Je souffre énormément de voir ce que l’Europe est devenue.

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