Efficacité douteuse du plan Geithner

Je reproduis en entier un article de Michel Santi, analyste financier en Suisse, car je le trouve intéressant, concis et suffisamment clair et accessible aux non-initiés. Rien à retrancher mais plusieurs petites choses à ajouter comme le plan Britannique a eu comme conseiller Alan Greenspan, l’ancien président de la Réserve Fédérale US (Fed) et favorable au « laisser faire » du marché. C’est à ce changement de comportement à 180 degré qu’on observe les gens capable d’autocritique et qui peuvent s’adapter aux situations extraordinaires au delà d’une idéologie.  Il faudrait aussi développer dans un prochain article la procédure de nationalisation souhaitable dans l’intérêt à moyen et long terme des contribuables américains. La critique est aisée mais l’art est difficile.

Le plan Geithner ne suscite que du scepticisme

Le Secrétaire d’Etat Américain au Trésor Geithner – dont la crédibilité est déjà sérieusement entamée depuis quelques semaines – a donc dévoilé il y a quelques jours les modalités d’un plan dont l’objectif est de soulager les établissements bancaires de leurs actifs toxiques. Les détails rendus tout récemment publics lèvent certes quelques doutes et ambiguïtés quant aux intentions de ce membre éminent de l’équipe économique Obama taxé – souvent avec raison – d’amateurisme mais les résultats de cet enième plan US ne dérouleront leurs effets – si effets positifs il y a? – que sur le moyen terme. Du reste, ce plan n’est-il qu’une version supplémentaire de tentatives souvent hâtives d’escamoter des actifs pourris ou constitue-t-il au contraire une trouvaille géniale consistant à faire participer le secteur privé dans l’évaluation et la reprise de ces créances toxiques? En réalité, le plan Geithner est tout simplement à mi-chemin entre le plan Paulson ( le fameux TARP consistant à faire usage de la Banque Zombie ) et le plan Britannique. En d’autres termes, alors que l’ancienne Administration US emmenée par Paulson, prédécesseur de Geithner, prévoyait de racheter les actifs douteux des Banques avec l’argent du contribuable, pendant que le plan Britannique, lui, privilégie le maintien de ces actifs douteux au sein des Banques moyennant une caution Etatique garantissant une valorisation minimale de ces créances ( ce qui revient en fait à maintenir à flot les Banques ), la dernière mouture du plan US consiste à faire participer le secteur privé et public de manière égale dans la reprise de ces actifs pourris…

Comme il a été dit et répété, le défaut fondamental du plan Paulson résidait dans le manque de clarté concernant le prix de rachat de ces actifs douteux, un prix trop élevé payé par l’Etat revenant en fait à cautionner avec l’argent du contribuable les agissements cavaliers et irresponsables de ces Banques sachant qu’un prix trop bas reviendrait à mettre de facto en faillite ces mêmes établissements, invalidant du coup le concept même de Banque Zombie. Le plan Geithner consistant à reprendre ces actifs selon un prix proposé aux Banques fixé d’un commun accord entre le secteur public et ses partenaires privés, le défaut de la cuirasse demeure intact car rien ne contraint les Banques titulaires de vendre leurs actifs au prix offert. Geithner et ses acolytes ne devraient certes pas se retrouver à court de partenaires privés souhaitant acquérir des créances dont la valeur pourrait bien se rétablir de manière spectaculaire à l’avenir mais les établissements bancaires détenteurs de ces actifs ne se résigneront pas à les céder à des prix désavantageux. Le plan Geithner prévoyant ainsi des contributions du secteur privé de l’ordre de 1’000 milliards de dollars n’aura donc aucun mal à convaincre ces investisseurs bénéficiant par ailleurs de conditions financières plus que favorables consenties par le Gouvernement Américain. Il est toutefois loin d’être acquis que les Banques consentent à vendre leurs créances si le prix proposé ne leur convient pas, ce qui confère en fait au plan Geihtner tout bonnement les mêmes défauts qui caractérisaient le plan Paulson! En effet, les établissements bancaires concernés ne se résigneront toujours pas à admettre les dévalorisations substantielles de leurs actifs douteux et pour cause du reste puisqu’une telle admission les mettrait virtuellement en situation de banqueroute… Il est donc vraisemblable que la concrétisation de ces partenariats public/privé qui nécessitera elle-même de longs mois sera suivie par une période de négociation entre Banques et investisseurs à l’issue de laquelle un certain nombre de Banques devront néanmoins céder leurs actifs à des prix peu avantageux contraignant ainsi le Gouvernement US à devoir les nationaliser… Un temps hélas trop précieux aura tout compte fait été dilapidé car le Gouvernement Américain pourrait – et devrait – procéder immédiatement à la nationalisation de ses Banques les plus vulnérables dans le but de les restructurer rapidement en les amputant au passage de leurs actifs gangrenés afin de leur permettre de remplir à nouveau leur fonction – vitale pour l’économie – de pourvoyeuses de crédits. Tétanisés face à l’inéluctable nationalisation au moins provisoire de leurs Banques, les tergiversations des responsables Américains entament sérieusement la crédibilité de l’équipe Obama pendant que le reste du monde regarde – en simple spectateur – la partie se dérouler.

Est ce que ces mesures qui laissent sceptiques ne sont pas dictés par un contexte politique délicat avec l’opinion publique américaine et un lobby financier US ? Une mesure qui cherche à satisfaire tout le monde sans plaire à personne. Avec une majorité absolue au parlement et au sénat, les élus démocrates vont endosser avec l’équipe Obama la responsabilité entière de ce plan financier.

PS: Le plan Geithner de rachat des actifs “toxiques”

les banques sont de toutes façons incitées à sur-évaluer leurs actifs toxiques avec l’idée que, étant “too big to fail”, si elles ne parviennent pas à se débarraser de tous ces actifs toxiques, on les aidera d’une manière ou d’une autre plus tard. De ce point de vue, la nationalisation a l’avantage d’évacuer ce problème. On pourra rétorquer deux choses : nationaliser, même partiellement, les banques (comme la Suède en 1992) a quelques inconvénients, notamment de mettre aux manettes les agents qui ne sont pas forcément les plus compétents pour cela.

Oui mais il faudrait plutôt écrire qu’ils seront pas forcément moins médiocres que les responsables en poste de ce fiasco.😆

2 réflexions sur “Efficacité douteuse du plan Geithner

  1. Comment sortir de la crise ?
    L’entreprise capitaliste est fondée sur l’inégalité des droits entre deux catégories d’individus qui la composent.
    En premier, nous avons les propriétaires actionnaires qui nomment des dirigeants pour la gérer dans leurs seuls intérêts et d’obtenir un maximum de profits, ce qui est le principal but de l’état d’esprit capitaliste.
    En second, pour que l’entreprise devienne productive, les dirigeants embauchent des salariés qui la font fonctionner et prospérer en échange de salaires dérisoires.

    De ce fait, à cause des droits inégaux institués dans l’entreprise, les conflits d’intérêts permanents entre les dirigeants exploiteurs et les salariés exploités entraînent une mauvaise répartition continuelle de l’argent qui provient essentiellement de la vente des produits du travail des salariés. C’est en raison de cette mauvaise répartition de l’argent dans l’entreprise, là où les salariés produisent les richesses par leur travail, que le monde va mal et qu’il ira de plus en plus mal, tant que le monde du capital détiendra le droit d’exercer une domination sans limite sur le monde du travail.

    Lorsque les effectifs progressent dans une entreprise, cela signifie que l’entreprise vend ce qu’elle produit, mais la progression des ventes ne provient pas du directeur patron, représentant les propriétaires, mais essentiellement de l’ensemble des salariés, commerciaux, ingénieurs, techniciens, cadres, ouvriers, etc, qui savent vendre de bons produits réalisés par des travailleurs qualifiés. Il est évident que l’équilibre entre les ventes et les achats des produits du travail ne peut être obtenu qu’à la condition qu’en tant que consommateurs, les salariés reçoivent une somme de pouvoir d’achat comparable à la somme des résultats des ventes qui doit logiquement leur revenir. Si les acheteurs salariés reçoivent un pouvoir d’achat continuellement inférieur à leur part logique sur les résultats des ventes, il y a progression d’un déséquilibre structurel qui deviendra ingérable.

    Pour réaliser les produits à vendre, les salariés sont rétribués par des salaires inégaux justifiés en fonction du métier, des compétences et des responsabilités de chacun d’entre eux. À cause des droits inégaux institués dans l’entreprise par les pouvoirs politiques, si un salarié tout seul se réclame d’un droit légitime sur les résultats du travail collectif, aucun dirigeant ne l’écoutera. Par contre, pour dépasser la crise économique, lorsqu’un certain nombre de salariés décideront de s’organiser pour revendiquer et obtenir l’égalité des droits sur les résultats des ventes de leur travail collectif, non seulement la mauvaise répartition de l’argent deviendra évidente, mais de plus, les salariés comprendront que l’argent détient les facultés de se créer en fonction de la production des richesses par leur travail. Plus les productions s’accroissent en quantité, diversité et prix de vente, plus il y a création systématique d’argent et l’économie est en croissance. Dès qu’il y a un manque d’argent trop important dans les circuits économiques, cette phase de croissance se ralentit d’elle- même, puisque les entreprises ne parviennent plus à vendre la totalité des produits du travail. C’est alors une nouvelle étape dans la crise du capitalisme.

    Dés qu’il est créé, par les produits du travail dans l’entreprise, l’argent circule, mais il ne peut pas disparaître et il se trouve forcément quelque part. Tout le monde sait qu’il s’accumule dans la finance, et se raréfie dans l’économie, mais aucun personnage politique ne peut aborder le problème, puisque le but inavoué de tout politicien est d’accéder à une fonction qui lui permettra d’exercer des droits inégaux. En raison de la création systématique d’argent, par le travail, il y a énormément d’argent, et beaucoup plus qu’il n’en faut pour faire fonctionner correctement l’économie, car pour assurer un pouvoir d’achat de 100 euros en moyenne par jour, pour une population de 70 millions de personnes, il faut 7 milliards en circulation permanente. À lui tout seul, un gros milliardaire en possède beaucoup plus.

    Il est incontestable que les acteurs du marché financier s’emploient à retirer l’argent de l’économie. En proposant continuellement des produits financiers, sous promesses qu’en plaçant leur argent en achetant leurs produits toxiques, ils vont gagner beaucoup d’argent, ils n’ont pas conscience qu’ils empoisonnent le monde. En réalité, les spéculateurs vont utiliser cet argent placé, pour jouer en bourse par la vente et l’achat de produits financiers de plus en plus sophistiqués qu’ils finiront par ne plus savoir contrôler, et qui ne sont d’aucune utilité à notre existence. En effet, ce jeu consiste à produire uniquement de l’argent avec de l’argent par des jeux d’écriture sur des produits dérivés, mais cela n’entraîne aucune production de richesses valables. Le jeu du marché financier immobilise une masse d’argent de plus en plus importante qui disparaît de comptes pour apparaître d’en d’autres, sans que l’on sache quels sont les perdants et les gagnants, sauf pour les petits épargnants qui sont dépouillés de leurs économies, en raison de leur crédulité envers les banquiers.

    Puisque les pouvoirs politiques ont accordé aux financiers le droit de faire le commerce de l’argent, nul ne peut interdire aux adeptes du marché financier de faire cadeau de leur argent aux banquiers, en mettant le monde entier en péril. De la même façon, nul ne peut également interdire aux salariés de réfléchir et de s’organiser pour dépasser l’ignorance sur le fonctionnement de l’économie et de proposer des actions salutaires. Il est facile de comprendre qu’aussi longtemps que la mauvaise répartition de l’argent subsistera dans l’entreprise, les salariés resteront condamnés à s’endetter pour consommer ce qu’ils produisent et la crise continuera en s’aggravant. Comme l’endettement ne peut pas se perpétuer indéfiniment, les salariés finiront par comprendre qu’ils doivent s’organiser eux-mêmes, dans leur entreprise, pour revendiquer la transformation des rapports socio-économiques, et obtenir l’égalité des droits sur les résultats de leur travail collectif. C’est seulement lorsque le rapport de force entre les bénéficiaires de l’inégalité des droits, et les partisans de l’égalité des droits sur les profits, sera significatif dans l’action salutaire, qu’il deviendra possible de dépasser la crise et d’en sortir. Les pouvoirs politiques seront alors dans l’obligation d’ouvrir des négociations pour obtenir une juste et équitable répartition de l’argent dans l’entreprise, là où il se crée en retrouvant sa véritable valeur par la production des produits, des services et des biens dont nous avons besoins pour vivre.
    Pour avoir des explications complémentaires voir http://www.egalitedesdroits.info
    André Virasolvy

  2. @ André Virasolvy
    Merci beaucoup pour avoir publié ce long texte / commentaire.

    Votre site web hébergé sur perso.orange.fr n’était pas accessible quand j’ai voulu le consulter du Quebec.

    Je suis favorable pour un équilibre entre ces deux forces cités mais le déséquilibre n’est pas toujours en faveur des actionnaires majoritaires (ou des dirigeants) mais parfois celui des employés massivement syndiqués qui profitent et abusent d’un monopole qu’il soit public (Etat) ou privé. La mondialisation nous montre qu’en plus de la « lutte des classes » il y a une lutte internationale. Je différencie l’actionnariat de l’équipe dirigeante car leur intérêts sont parfois antagonistes quand on voit des directeurs touchés de belles primes alors que l’entreprise est au bord de la faillite. Un mauvais chef d’entreprise comme un mauvais politicien peut entrainer des préjudices considérables.

    Bien comprendre la partie financière et monétaire (création monétaire ex-nihilo) me semble essentiel pour mieux comprendre les différentes formes du capitalisme et ses mécanismes.

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