Épidémie blogueuse par Martin Lessard

Martin Lessard nous parle encore de la « guerre » entre journaliste et blogueur pendant qu’une guerre réelle se déroule en Palestine. Habituellement, j’évite de réagir sur ce genre d’épiphénomènes, ces corporatismes et ces catégories excessives qui tarissent notre réflexion mais Martin est une personne que j’apprécie humainement. J’apprécie pas toujours ces nombreux amis blogueurs ou ses théories parfois un peu alambiqués mais on est de la même ‘gang’ Web de Montréal. Il faut se serrer les coudes et surtout pas se tromper de camp. Su aux méchants journalistes ! J’enfile ma baillonnette et je charge. A l’assaut !!! 😀

ZERO SECONDE: Épidémie blogueuse

« Si ce type de lecture devait remplacer le journal et le livre, alors oui, s’en suivrait une grave régression intellectuelle » parce que « la lecture de longs articles sur internet [étant] tellement fastidieuse qu’elle favorisait le zappage au lieu de la concentration » – C.Rioux (journaliste)

Dans le même genre, j’aurai en vie de dire que le journal est une régression par rapport au livre. :p D’ailleurs certains livres écrits par des journalistes ont le souffle court. Et même les auteurs de romans que nous apportent ils par rapport à des chercheurs qui trouvent ? C’est aussi une régression intellectuelle mais qui intéresse plus de monde.

Le Web (et en particulier le blog hébergé gratuitement) permet potentiellement avec son cout réduit d’édition de rendre une connaissance dans des sujets « pointues » plus accessible que ne le permet une publication livre ou journal papier avec ses contraintes financières. Maintenant il y a aussi la rémunération de l’auteur qui semble plus problématique sur le Web. Reste qu’en Université, je me rappelle d’un professeur en informatique avait cédé ses droits d’auteurs pour que l’ouvrage papier soit meilleur marché pour ses étudiants. Le droit d’auteur represente souvent une partie minime (<10%) du prix en librairie. Sur Amazon, j’ai trouvé 4000 ouvrages juste sur l’aquarelle mais aussi quantité de livres de philosophie ! Qui va lire certains ouvrages de philosophie « pointus » ? Une minorité … et la disponibilité en rayon avec le prix $100 $200 s’en ressent. Ça reste raisonnable quand on compare au prix en mois de salaire que représentait un livre au temps de l’imprimerie de Gutenberg qui était un net progrès par rapport aux copies manuelles.

Aujourd’hui le prix est relativement réduit voir gratuit si on utilise une lisseuse électronique (eReader de Sony) avec un livre électronique gratuit (ebook). La seule barrière c’est l’intérêt, le trouver parmi la multitude et la capacité de comprendre l’auteur. Combien de personnes lisent ces livres sans bien comprendre l’auteur. Ce n’est pas qu’une question d’intelligence et d’expérience de vie c’est aussi que le langage est ambigu et permet plusieurs interprétations possibles. Le travail de relecture par d’autres personnes pour un journal ou un livre corrigent un peu cela comme les commentaires pour un article d’un blog. Je comprends plus vite quand j’entends ou je vois la personne. Le blog permet d’une certaine manière ce dialogue avec l’auteur d’un livre qui tient un blog et répond à ses lecteurs. il permet d’éclaircir pour soi des points qui n’ont pas semblé faire problème à l’éditeur. Combien d’entre nous aimerions avoir ce dialogue avec des auteurs du passé pour demander quelle signification précise ils donnent à leur mot ? La vidéo n’existe que depuis de le XXe siècle et tous les auteurs n’ont pas nécessairement eu le gout ou l’opportunité d’être filmé pour un documentaire ou un reportage. Une fois bien compris, il faut vérifier que le propos conserve sa pertinence et sa véracité s’il était juste au moment de l’écriture.

Ensuite vous avez ces intellectuels pseudo-intelligent qui lisent des auteurs de 2e zone croyant qu’ils sont de 1ere importance etc… C’est à travers cette  médiocrité ou pauvreté intellectuelle que le progrès est à relativiser. Ça m’attriste ou m’amuse suivant mon humeur, le contexte et la psychologie de l’auteur,  journaliste ou blogueur. Ceux qui ont un gros égo me font plutôt sourire et sont en général plus susceptible, irritable à mon humour et ironie. Certains ignorent publiquement un trait de leur personnalité.  Non ils n’ont aucune prétention mais ils mettent un point d’honneur à dire et écrire qu’ils apprennent à longueur de journée comme un certain Mario. On voudrait leur demander Qu’avez vous appris depuis tout ce temps ? quand on lit certains de leur texte. Tel des perroquets ils répètent ce qu’ils entendent. Ils passent pour savant quand ils répètent les choses justes qui sont à la mode. Ils passent pour ronchons quand ils sont tournés exclusivement vers les textes du passé.

– Continuez d’apprendre mais hâtez vous un peu à votre âge pour comprendre des choses essentielles qui semblent vous échapper et qui risquent de le rester quelque soit vos lectures. Ça prend parfois une expérience vécue particulière pour avoir un « déclic »: Eurêka j’ai compris !

Alors quelle intermédiaire (ou intermédiaire d’intermédiaire comme un journaliste) pour accéder à la connaissance: un chercheur réputé, un auteur célèbre, un fameux artiste, un journaliste populaire, un blogueur bien classé, un ami intellectuel ? Je dirai le meilleur dans sa catégorie et celui qui vous donne satisfaction parmi ce large éventail. Si vous n’êtes pas satisfait changez d’intermédiaire. Si vous êtes suffisamment avancé, écartez les intermédiaires et traitez vous même le sujet. Parfois on perd trop de temps avec ces intermédiaires (chercher, lire, bien interpréter et comprendre leurs idées derrière leur propos publiques)  avec des sujets relativement faciles de compréhension. C’est d’ailleurs quand on domine très bien un sujet qu’on remarque le mieux les lacunes et erreurs de cette masse d’intermédiaire.

Bonne découverte.

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5 commentaires sur “Épidémie blogueuse par Martin Lessard

  1. Je ne crois pas que ça soit la première fois que je me fais attraper de ne pas suivre l’actualité 😉

    Mais je ne commente pas l’actualité, dans mon cas, (politique, en tout cas), car je donnerai raison à Monsieur Rioux que la blogosphère est remplie de gérants d’estrade.

    Cette « guerre » (que je n’ai ni déclaré ainsi, ni déclaré tout court), commencée par un journaliste au moment de la vraie guerre, cela ne manquera à personne, on ne peut me reprocher de la relever.

    Il y a tant de cooccurrences d’événements (ce qui n’est surtout pas un constat post-moderne d’équivalence de tout et de rien) qu’il est à peu près normal que le futile survienne en même temps que l’horreur en tout temps.

    Et si l’horreur devait occuper le flot de nos pensées, à tous et en tout temps, comme s’il n’y avait qu’un canal, ce serait négliger ce « multi-tasking » global que « la matrice » possède.

    Sans vouloir diminuer le malheur du peuple assiégé et exterminé sur les terres lointaines, ce que tu dis ici est fort intéressant: tout média pourrait être la régression d’un autre.

    Ou du moins, si on veut suivre Rioux sur son terrain.

    Dans son cas, et réglons-le tout de suite, il n’a vraiment pas assez lu sur la chose –et certainement jamais pratiqué– pour parler ainsi à travers son chapeau. Son réflexe élitiste, déplacé, sert peut-être de mise en garde (au fond il a raison), mais c’est comme vouloir avoir raison contre un essaim d’abeilles…

    Ici aussi on touche la problématique de l’autorité cognitive: qui croire dans une abondance d’information. Je crois que c’est aussi des réflexions que l’on a partagées ensemble.

    Ce qu’Internet, avec des outils d’autopublication, a permis c’est l’apparition de la popularité comme moteur d’accès à la connaissance (pour le meilleur et le pire) ou, pour faire écho à certaines pensées sur le sujet, la « coconstruction du sens » en application grande échelle.

    J’aimerais connaître les stratégies qui se mettent en place pour « choisir » ces intermédiaires (et comment les écarter et quand –et pourquoi)…

    Intéressant débat.

  2. Bonsoir Martin,
    Mon propos sur la regression est un peu ironique car j’ai conscience que ce journaliste fait un peu d’amalgame pour défendre sa corporation. Je n’ai pu résister à prolonger sa réflexion un peu biaisée pour qu’elle se retourne contre son auteur sur le thème de l’arroseur arrosé. 😉

    Le critère de popularité est un critère que je trouve souvent moyen. La « construction du sens » peut s’apparenter parfois à une immense arnaque pyramidale.

    Identifier les critères de l’autorité cognitive comme tu essayes de le faire est à double tranchant car elle donne aussi les astuces pour parraitre compétent sans l’être nécessairement. On peut d’ailleurs transposer ce débat dans le développement informatique avec un OS dont le code source est privé/secret (MS Windows) ou public (Linux). Actuellement le nombre de virus est plus élevé sur Windows mais c’est aussi que c’est un OS beaucoup plus populaire.

    Ma stratégie pour conserver ou éliminer un intermediaire repose en partie sur mon esprit logique. J’élimine les discours incohérents bien que j’essaye d’extraire ce qui peut être juste. Peu de gens ont un esprit logique et c’est un tri plus selectif et pertinent dans les sciences (au sens large) que la popularité. L’auteur qui réussit à rester cohérent et rigoureux démontre une maitrise intellectuelle qu’il peut utiliser potentiellement à autre chose.

    Reste que même si certaine incohérence et malhonneté intellectuelle me saute assez rapidement aux yeux, on ne peut pas tout lire et il faut des intermédiaire pour faire une pré-selection. C’est un sujet à développer.

    Pour apprendre je pense que le forum sur une thématique précise est un bon intermediaire d’intermediaire en fonction de la qualité des participants. On découvre des auteurs suceptibles de nous interesser.

  3. La “construction du sens” peut s’apparenter parfois à une immense arnaque pyramidale. Elle est bien trouvée,celle-là!

    L’autorité cognitive est peut-être un mirage cognitif (comme l’horizon qui s’éloigne à mesure que l’on avance) mais dans les faits on l’utilise d’une façon ou d’une autre (peut-être pas nécessairement d’une façon logique)

    De mon côté je n’écarte pas systématiquement les discours ‘incohérents’ (on doit avant s’entendre sur cette définition) quand ils sont écrits par des gens qui possèdent une certaine popularité (on pense à ces philosophe déconstructivistes, postmodernes, heideggeriens, etc, qui m’enragent autant qu’ils me stimulent) mais il est vrai qu’au-delà d’une limite, je décroche.

    C’est cette limite (qui est si variable pour chacun) que je trouve fascinante à tenter de saisir…

  4. incohérent dans le sens que le discours est bancal, qu’il a des contradictions internes. Peu m’importe au fond la popularité ou la célibrité d’un auteur, ma raison est mon critère de référence principal. Si je détecte des failles de raisonnement, je rétrograde ma note de l’autorité cognitive de l’auteur pour mon usage personnel et pratique. Si je ne comprend pas, je lui laisse le bénéfice du doute et tient compte évidement de la célébrité de l’auteur et autres critères d’autorité cognitive.

    Je m’interesse plus aux philosophes avec lesquels il faut réapprendre la langue française avec une fastidieuse terminologie philosophique. A un prof. de philosophie dont je me moquais gentillement et qui irritait, essayait de me snober avec ses références et citations je lui ai répondu en italien. il n’a pas compris et m’a répondu en latin. Nous avons atteint notre limite. 😉

    Quand on maitrise bien le raisonnement la limite qu’on rencontre souvent c’est la limite de communication et je prefere me concentrer sur un contenu exact exprimé simplement qu’un contenu fallacieux exprimé de maniere complexe et pédante. Le nombre d’intellectuel qui veulent jongler simultanément avec plusieurs concepts abstraits et se plantent est considérable de ce que je remarque à travers mes lectures sur internet. Avec l’expérience, je me laisse plus beaucoup impressioner par les astuces de l’autorité cognitive de certains intello. A force de pratiquer et exercer mon esprit critique, j’accelere mon dépistage des fumistes. il faut que l’auteur soit calme et en maitrise pour identifier des éventuelles lacunes et pas une réaction émotive qui le transforme temporairement en idiot.

    Le nombre de philosophes et d’ouvrages de philosophie est considérable. Nous n’avons pas le temps physique d’étudier tout le monde. il faut se concentrer sur ceux qui nous enchantent et laisser ceux qui nous aggacent même s’ils sont réputés par d’autres que soi. Soyons un minimum épicurien.

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