Abondance apparente et évolution de la diversité réelle mondiale

En lisant Ecosysteme de l’information (3/5) : Info broker de Martin Lessard, j’ai eu l’idée de réagir comme informaticien et « spécialiste » de la comédie italienne.

Quand vous allez faire votre marché dans un grand super-marché, la première fois vous êtes surpris par l’abondance, la grande étendu de types de produits et une assez bonne variété dans chaque catégorie. Ces grandes surfaces vous proposent de la pâte de dentifrice, des pâtes, des plats congelés, du pain, des légumes, des fruits etc… Le consommateur découvre des fruits exotiques qu’il n’avait pas accès voilà 30 ans avant la mondialisation.  Ce qui lui donne le sentiment d’avoir un choix plus large. Son choix est  effectivement plus large mais ces légumes et fruits existaient avant qu’il en prenne connaissance. D’après des études que j’ai lu, la variété de ces fruits et légumes offertes à travers le monde tend à se réduire sous plusieurs contraintes comme l’aspect extérieur, sa résistance aux bactéries, sa capacité de longue conservation, sa résistance au transport. Bien sur aucun super marché ne peut proposer 150 espèces de pommes de terre mais chaque marché local peut en proposer une partie et ensemble offrir cette grande variété que ne fait pas une chaine de grand supermarché pour des raisons essentiellement économique et de logistique.

De là je ferais un parallèle avec l’internet. Aujourd’hui, l’internaute qui parle plusieurs langues a un accès de chez lui à plusieurs cultures qu’il n’avait pas accès aussi facilement 30 ans avant. Cette explosion de l’accès ne doit pas automatiquement conclure à une explosion de l’offre au niveau réel mondial. Par exemple avec le cinéma, avec l’explosion de la production US on assiste au déclin de la production de plusieurs films européens. Le ticket d’entrée devient de plus en plus élevé avec une production américaine qui par exemple consacre souvent 50% de ses gros budgets  au markéting. Alors le téléspectateur local a un choix plus vaste avec les séries américaines mais on retrouve ces films et séries dans une multitude de pays au dépend de la production locale.

Les téléfilms et série TV nationales compensent un peu la baisse de production nationale de films quoiqu’ils sont en concurrence avec les séries US potentiellement bon marché puisque déjà amorti sur le large marché intérieur américain. Les sites  web commerciaux échappent a certaines contraintes économiques et logistiques des supermarchés. Reste qu’ils ne vont pas faire le markéting de tel films étrangers et se substituer au producteur. Du coup le consommateur qui a un budget loisir limité va faire son choix « international » avec des blockbuster US ayant une publicité plus dominante. On assiste alors progressivement à un appauvrissement de l’offre local au profit des ces blockbuster traduit dans plusieurs langues. Quelle déception quand je suis sur un forum italien de cinéma et que je découvre que tout ces titres italiens correspondent souvent à des films US doublé. Ca donne du travail pour le doublage, éventuellement le sous-titrage et retire du travail pour les acteurs et équipe technique cinéma nationale. Les thèmes du cinéma américain sont américains, traité avec la mentalité américaine et sont également assez rudimentaire du fait qu’il s’adresse à une population plutôt jeune. Les télé-séries US semble cibler davantage les parents qui sont coincés à la maison avec leur enfants, un emploi du temps chargé et un budget déjà suffisamment dilapidé à payer les différentes factures (logement, taxes, transport, vêtements, soins de santé, alimentation,  garderie, école) pour éviter de payer le cinéma à toute la famille.

Au niveau du consommateur, l’échange et le P2P donne accès à des films étrangers qui ne sont pas  encore distribués ou diffusés dans son pays. Reste que ce consommateur doit connaitre les logiciels p2p et réussir à trouver l’information sur ces produits numériques susceptibles de lui plaire parmi l’information abondante des produits « blockbuster ».  De ce que je constate, c’est encore une toute petite minorité qui tire parti de cet outil pour aller chercher autre chose que le blockbuster également présent sur le p2p. the ultimate BitTorrent source Pour choisir, indépendamment de la barrière du prix qui disparait avec le p2p, il faut connaitre, trouver l’information et apprécier cette qualité.

L’internet participe à la mondialisation et à une certaine homogénéisation même si les avis et discussion de café du commerce devenu publiques nous donne l’impression d’une nouvelle abondance et variété d’opinion. Elles existaient avant et ne sont que partiellement retranscrites a travers les internautes les plus actifs et bavards.  Effectivement c’est nouveau par rapport aux média de masse qui ne diffusaient que l’avis du journaliste et de la personne interrogé en qualité de politicien, intellectuel, sportif ou artiste. En France, il y a une expression à la mode « la pensée unique » pour décrire une harmonisation forte voire unification des principaux courants de pensée politique et économique en un seul courant de pensée.

En résumé, nous sommes davantage informé à travers les média de masse ou l’internet mais ça ne signifie pas toujours qu’il y a une augmentation de la variété des sujets ou de la qualité de l’information. Souvent la variété apparente  ne coïncide pas avec la variété réelle un peu à l’image de l’entreprise industrielle qui crée plusieurs marques de produit pour écouler la même poudre lessive. De même le net donne plusieurs outils à cette duplication, cette redondance que les groupe de presse utilisent déjà en distribuant un même article dans plusieurs journaux du groupe mais pas avec la même publicité. Je ne perçois pas cette variété là puisque j’ai plusieurs logiciels qui éliminent automatiquement à ma vue cette publicité.  😀

PS: j’ai parlé de l’abondance apparente sur internet, le cinéma et les média de masse mais on pourrait parler aussi de l’abondance de publications de livres et romans avec certains auteurs très prolifiques.

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10 commentaires sur “Abondance apparente et évolution de la diversité réelle mondiale

  1. Intéressante cette analogie avec le supermarché! Mais je crois que la surabondance sur Internet est d’un autre ordre.

    D’une certaine façon le supermarché _est_ un garde barrière, nous n’avons pas les moyens de le court-circuiter facilement (comment faire pour s’alimenter « différemment »).

    L’information aussi était dans la même situation il y a 10-20-30 ans.

    Il y a garde-barrière quand il existe une possibilité donnée par le terrain de contrôler l’offre sans possibilité d’être contournée facilement.

    Dans un monde de surabondance _et_ d’accès facile, le problème se déplace sur nous: on est submergé. On fait alors appel à des info-brokers qui trient pour nous l’information.

    C’est peut-être là que se trouve cette « duplication », cette « redondance », cette « abondance apparente ». Mais je ne suis pas sûr que cela mène crée une tendance hégémonique. Sauf si on croit que la blogosphère n’est qu’un parasite des médias –ce qu’elle est en grande partie– ; je fonde mon espoir sur cette minorité qui crée du vraie nouveau contenu, des chemins hors « pensée unique »…

  2. Je continue de prolonger mon analogie. Le supermarché n’est pas hégémonique. Nous avons les moyens de court-circuiter un supermarché en allant chez un traiteur spécialisé qui va offrir par ex. 100 marques d’huile d’olive avec 2 exemplaires de chacun. Mais la masse des consommateurs ne connaissent pas son adresse et d’ailleurs ne veulent pas payer aussi cher car ils n’apprécient pas suffisamment cette qualité et aiment le ketchup. Quand ils regardent dans le ‘botin jaune’ ils vont trouver la multitude d’adresse de supermarchés et grand détaillants. Le petit détaillant spécialisé n’a pas les moyens markéting d’un supermarché et sa clientèle est limitée. Le supermarché offre une variété qui semble abondante et suffisante à la grande majorité des consommateurs qui n’iront pas ailleurs. Seul les consommateurs exigeants ou qui ont déjà gouté et apprécié une qualité supérieur vont chercher ailleurs. Cette recherche prend du temps.

    Pour revenir à l’internet, Google comme moteur de recherche fait un bon travail mais doit satisfaire avant tout la masse de ses clients consommateurs. Il va privilégier les sites populaires et les sites qui ont les moyens d’investir dans la publicité et le référencement. Je retrouve plusieurs ingrédients de mes supermarché et petits détaillants spécialisés.

    Martin,
    c’est juste une petite mise au point pour les optimistes-béa actuels d’internet. il y a 12 ans, je devais avoir en France un discours plus optimiste face à la masse de sceptiques « has been » de tout horizon (Directeur de banque, DI, journaliste, amis etc…) qui ne percevaient pas bien le potentiel énorme de l’internet (gadget?) avec leur écran TV et console minitel. 😉

  3. Ciao Paulo.

    Ti faccio i miei auguri parigini.

    Et j’en profite pour faire cette remarque concernant la blogosphère. Si on a d’une part des vrais créateurs de contenus ex-nihilo, on peut se demander je crois si les duplicateurs/commentateurs/metteursenréseaux de ces contenus ne font pas tout à fait partie de cet écosystème.

    Avec leur rôle à jouer, véritablement.

    Pour concevoir cela, il faut abandonner la vision des media que l’on peut avoir si on joue aux analogies avec les mass media.
    Je ne crois pas qu’internet est comparable aux mass media.

  4. Grazie JM,

    I miei auguri per l’anno 2009 !

    Personnellement je préfère savoir que croire. 😉

    Internet est un support qui dépasse les possibilités offertes par les supports classiques des mass média (TV, radio, presse papier). Tout dépend de l’usage qu’on en fait.

    Reste qu’on peut toujours faire des analogies sur certaines caractéristiques communes.

  5. Très cher Paul, concernant le Net, bien prétentieux celui dit qu’il sait… Non? 🙂

    Je me méfie énormément des analogies avec les media. en effet, je crois que la dimension media n’est qu’une des dimensions de ce truc qu’on appelle le net, et qui est très très loin d’être abouti.
    Par exemple, et c’en est un parmi d’autres, la dimension Territoire que je crois fondamentale ne peut être traitée par les analogies mediatiques.
    Au contraire, ce type d’analogies vient briser les pan-perspectives vis à du Net, et cela me gêne.

    Capito bello? 😉

  6. J-M,
    Je me concentre avant tout sur l’argumentation de mon interlocuteur. Je ne porte pas de jugement à priori et je laisse le bénéfice du doute. Ça dépend s’il sait une chose que d’autre ne savent pas ou ne comprennent pas bien d’après leur propos. Il doit plutôt le dire sans fioriture dans l’intérêt de la connaissance. « Plutôt » car il peut susciter l’agacement chez des confrères qui ne savent pas et s’attirer certains désagréments et jalousies. Voila pour la philosophie.

    Nous avons une opinion assez proche mais nous l’exprimons différemment en partie du à des expériences différentes et complémentaires.

    Pour qui ce qui est des analogies, il faut être prudent et cohérent. Une analogie est faite pour faire ressortir une caractéristique de l’objet étudié et pas le représenter complètement. En math, on raisonne beaucoup avec les analogies. J’ai une certaine aisance et facilité à le faire correctement que d’autres n’ont pas et échouent des qu’ils commencent à jongler avec trop de balles simultanément. Généralement, je leur conseille d’y aller prudemment au départ et d’étudier la logique.

  7. Je comprends je crois ce que tu exprimes Paul.
    Si je me méfie autant des analogies uni-directionnelles vis à vis du net, c’est que comme toi je pense, en bientôt 15 ans de « fréquentation » de cadres ou politiques ou quidams quelconques ne connaissant pas le truc in vivo, je me suis aperçu que ces analogies créaient plus de malentendus que d’éclaircissements.

    Là,  »ils » en sont au point maintenant où ils ont compris que le Net était un media (canal de diffusion + canal de communication), ils commencent à saisir que ça fonctionne pas que du haut vers le bas, mais les autres dimensions leur échappent complètement encore.

    D’où le coeur du coeur, qui est organisationnel, sociologique, etc, est complètement négligé.

    Je ne sais pas quel type d’informatique tu pratiques, mais par exemple, quand tu mets en place un intranet ou un SI, si tu négliges l’impact structurel sur les métiers, sur l’organisation générale, eh bien il me semble que tu passes à côté du potentiel, voire tu plantes le projet.

    Deux informaticiens qui intègrent ceci particulièrement bien je trouve en France sont Louis Nauges et Yves Caseau.
    Je te conseille leurs sites si tu ne connais pas déjà.

    D’autre part, je me permets cette remarque sur l’emploie que tu fais de l’analogie, qui me semble dictée par des considérations réductionnistes. Je ne pense pas qu’on puisse aussi aisément isoler un aspect du net pour le décrire sans au passage perdre une grande partie de cet aspect lui même.
    Dans la mesure où je crois que ce sont plutôt des approches holistes et globales qui doivent précéder la plongée dans un des détails, pour l’éclairer. Ceci particulièrement pour un sujet aussi complexe que le réseau de réseaux de réseaux de réseaux… 🙂

    Amitiés.

  8. En informatique, j’ai étudié l’IA et les métaconnaissances qui est un sujet qui m’a littéralement passionné. Sinon avant de travailler sur le net, j’ai travaillé dans le minitel. Depuis j’ai pris une pause avec la technique. Je me cherche un sujet suffisamment motivant pour me réorienter et en vivre bien financièrement.

    Bien sur qu’un résumé ou une analogie est réducteur pour l’ensemble. Je l’utilise pour expliquer et mieux faire ressortir un aspect des choses que mon interlocuteur a semble t’il mal saisi. C’est vrai que je ne fais pas de multiples préambules pour bien expliquer le contexte de mon propos. Je laisse ce travail au lecteur. Méa culpa.
    Faignant je suis. 😀

    Amitiés.

  9. oui, en gros, tu veux être riche et buller
    répandue comme envie tu sais… 😉

    lance un projet de moteur de recherche opensource/socialcentric par exemple.
    et pense à moi quand il aura bouffé google 🙂

  10. Voilà les considérations réductionnistes dont tu me parlais tantôt ? 😉

    Je suis un entrepreneur « en veille » qui manque de capitaux pour plusieurs projets et pas un véritable nati stanchi. Je dois trouver un projet rentable qui coïncide avec mes ressources financières et humaines actuelles qui sont réduites. Le capital me permettrait de réaliser et d’entreprendre des projets sans passer obligatoirement par un plan d’affaires pour chercher des fonds d’investisseurs.

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