Gouvernance financière

Voici deux extraits d’articles intéressants.

Individuals respond to incentives… même les banquiers

L’implication de tout ça est que le problème n’est pas le recours à l’effet de levier en lui-même mais bien l’incitation à contrôler l’usage des capitaux prêtés. Si évolution législative il doit y avoir, elle est à ce niveau : réaligner les incitations dans le sens d’une meilleure évaluation des risques et d’un meilleur contrôle par les prêteurs eux-mêmes. L’auteur évoque deux mesures qui découlent de tout ça : il faut 1) que les institutions financières aient une taille raisonnable, de manière à ce que leur disparition n’entraine pas de risque systémique ; 2) privilégier les structures de gouvernance de type partnership pour les banques d’investissement. Ce type de structure est plus incitatif à la mise en oeuvre d’un contrôle étroit des activités en son sein puisque les partenaires sont solidairement responsables des pertes encourues. De manière plus générale, la question de la gouvernance est un problème important mais néanmoins sous-estimé. Aujourd’hui, l’heure est plutôt à la concentration bancaire et à la transposition du “patriotisme économique” au secteur financier.

L’Histoire est toujours écrite par les gagnants par Michel Santi

L’utilisation de l’effet de levier s’était généralisée affectant ainsi la globalité du spectre des investissements car le moindre des investisseurs se finançait désormais dans des Devises à faible taux d’intérêt pour placer plusieurs fois ce montant emprunté sur des instruments à haut rendement : quoi de plus naturel dans un contexte de volatilité maîtrisée? Laisser le cash dormir sur un compte relevait à cette époque du sacrilège : L’Histoire financière n’est-elle pas systématiquement écrite par les gagnants?

Ces comportements à risque ainsi que les abus ayant abouti à la crise des subprimes sont en grande partie imputables à l’attitude irresponsable de certaines Banques Centrales. Lors de l’implosion des valeurs technologiques à l’aube de ce siècle, la Réserve Fédérale Américaine présidée alors par Alan Greenspan – qui craignait selon ses propres termes une « déflation corrosive  » -, avait en effet persévéré jusqu’à ramener les taux d’intérêts américains à 1% en 2003. Les Etats-Unis réussissaient ainsi à se sortir par le haut de cette crise grâce à la flambée des prix immobiliers qui avait stimulé consommation et croissance. Pour autant, le pêché originel de la Fed de Greenspan fut d’avoir maintenu des taux d’intérêts à des niveaux ridiculement bas jusqu’à Juin 2004, longtemps après la résorption de la crise des valeurs technologiques. Greenspan a certes par la suite invoqué afin de se dédouaner l’épargne Asiatique massive ayant inondé de liquidités les Etats-Unis avec pour conséquence directe une pression baissière supplémentaire sur les taux américains, il n’en reste pas moins que des taux officiels à 1% ont sans le moindre doute encouragé toute une série de comportements à risque que nous payons aujourd’hui et dont il n’est pas possible d’exonérer l’ancien Président de la Fed.

L’économie n’étant pas une science exacte, les leçons du passé peuvent donc être précieuses et il est regrettable que Greenspan ne s’en soit pas inspiré ! C’est en effet Milton Friedman et Anna Schwartz qui avaient été les premiers à clairement mettre en évidence la responsabilité de nos Banquiers Centraux dans les crises financières à travers la publication d’un ouvrage retentissant en 1963, A Monetary History of the United States. Friedman et Schwartz révélaient le rôle de la Réserve Fédérale US, responsable selon eux du déclenchement de la Grande Dépression du fait de la hausse des taux d’intérêts américains après la dégringolade boursière de 1929. Ce livre fut en son temps un véritable pavé dans la mare car il révolutionna irrémédiablement la version selon laquelle la crise des années 30 était imputable à l’échec du capitalisme et du marché libre en mettant directement en cause l’attitude des bureaucrates de la Fed de l’époque et en démontrant que la dégringolade boursière d’Octobre 1929 n’était qu’un épisode de la crise…De fait, l’économie américaine – qui survécut plus ou moins correctement après le crack boursier – ne fut fragilisée qu’à partir du moment où la Fed laissa aller à la faillite une première banque, la Bank of the United States, pour « l’exemple », induisant une réaction en chaîne qui devait emporter plus de 4’000 banques dans les années 30! Cette volonté de « punir les spéculateurs  » fut accompagnée par l’application d’une politique monétaire anti-inflationniste qui conduisit la Fed à relever de manière incroyable et par deux fois son taux d’escompte jusqu’à 3.5% en 1931 pendant que le système financier du pays, lui, se désintégrait et alors que la déflation constituait le danger immédiat.

Aujourd’hui, l’économie globale est en pleine déflation, les taux d’intérêts de la Réserve Fédérale Américaine proches du zéro absolu et nos Banquiers centraux, ayant épuisé toutes leurs munitions, en seront bientôt réduits à larguer, selon l’expression de Milton Friedman, des ballots de liquidités depuis des hélicoptères…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s