Je suis assez d’accord avec l’article très critique de Yann Takvorian, publié il y a 5 ans en juillet 2004 sur Le Québécois Libre, dont je vous cite un large extrait.
IMMIGRATION: LE QUÉBEC ET LE CANADA RECRUTENT À OUTRANCE
le Québec comme le Canada vont chercher des gens qui n’ont pas forcément envie d’immigrer; on leur vend le concept comme on vendrait un frigidaire à des esquimaux: avec des argumentaires de vente, des photos en couleurs des Rocheuses et des listes de «métiers en demande» alors que ces derniers sont protégés par d’hermétiques Boys Clubs (les Ordres et les syndicats).
Des fonctionnaires d’État sont même intarissables en balivernes pour lever les derniers doutes:
- Le «social» est pareil qu’en Europe! (Foutaise! Cela n’a rien à voir. Le Québec voudrait bien le copier, mais n’en a pas les moyens financiers);
- La santé est gratuite (oui, mais son accessibilité la rend presque invisible);
- Les allocations familiales aident les familles (oui, mais vu les montants, c’est encore mieux quand on n’a pas d’enfants);
- Le chômage est un bon filet contre la précarité de l’emploi (40% des cotisants en bénéficient, les autres se lamentent);
- La retraite française est reconnue au Québec (la retraite québécoise est une aumône, la retraite canadienne est perçue à 100% après 30 ans de vie au Canada – l’accord de réciprocité compte les années passées au Québec, mais exclut les montants versés qui sont perdus);
- L’éducation est gratuite (sauf que pour avoir la qualité de l’école publique européenne, faut aller ici dans le secteur privé qui reste réservé aux plus nantis);
- Les impôts sont presque identiques (mais en rapport aux services rendus, ils deviennent exorbitants);
- Il y a du travail à tous les coins de rue et le Québec manque de main-d’oeuvre (mais les Ordres et les Syndicats ferment les portes aux immigrants sauf s’ils retournent à l’école pour réapprendre ce qu’ils savent déjà);
- La qualité de vie est l’une des meilleures au monde (sauf quand on a un emploi sous-payé pour cause de non reconnaissance de l’acquit étranger et une famille à charge ou un seul salaire);
- Le secteur immobilier est l’un des moins cher d’Amérique (vrai quand on débarque avec des euros ou des dollars US, mais avec un bas salaire local, taxé au niveau québécois, c’est moins certain. Les prix ont explosés et les taxes foncières sont parmi les plus élevées du monde);
- Etc.
Bien sûr, on peut encore se ranger derrière le poncif qui veut que l’immigrant qui croit benoîtement ce que lui dit un ministère public est un naïf et qu’il doit se rendre sur place vérifier ce qu’on lui avance. Mais comment vérifier des aspects qui prennent un Visa de résident permanent ou une année de vie sur place pour s’en rendre compte?
Oui, c’est vrai mais il reste aussi la possibilité de lire des sites web d’expatriés qui informent mieux de la réalité que la propagande officielle et markéting des organismes gouvernementaux fédéral ou provincial. L’auteur l’indique d’ailleurs.
Évidemment que certains sites communautaires (comme immigrer-contact.com ou info-immigration.com) essaient de renverser la tendance, mais font-ils le poids face à des organismes publics comme le ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration (MRCI), la Délégation Générale du Québec, leur financement avec des fonds publics et leurs sites professionnels?
Dans un style assez polémiste toujours pour contre-balancer le tableau officiel trop idyllique l’article continue ainsi:
Si le Québec veut que les immigrants qualifiés restent, il doit songer à diminuer la toute puissance des Ordres, dompter les syndicats ou bien laisser les immigrants chez eux. Faire venir des pharmaciens pour les cantonner à des emplois de chauffeurs de taxis ou livreurs de pizzas parce que l’Ordre des pharmaciens n’autorise que 8 immigrants par an à accéder au programme universitaire, c’est être partie prenante d’une filouterie humaine qui se doit d’être dénoncée. On ne vide pas un pays étranger de son élite pour en faire des manœuvres et des pointeurs à l’aide sociale.
Avec la pénurie de médecins au Québec, c’est plus révoltant de voir des médecins étrangers au chômage qui doivent refaire toute leurs études médicales ou presque pour pouvoir pratiquer leur métier au Québec.
Si le Québec veut retenir ses cerveaux, il doit songer à repenser sa fiscalité qui reste la plus élevée d’Amérique du Nord et qui étrangle et rackette justement ceux qui, par leur formation et études, tombent dans la catégorie des «cerveaux». Une fiscalité éhontée qui part en gaspillages et en malversations à tous les paliers (Société générale de financement, scandale des commandites, etc.) et qui empêche bien souvent les citoyens à se constituer une petite retraite qui compenserait la misère gouvernementale et leur éviterait d’avoir recours à des organismes comme Les Petits Frères des Pauvres.
Si le Québec veut un système de Santé qui justifie les «pétages de bretelles», il doit se débarrasser de cette idée communisante du «tout le monde dans le même panier et le panier au fond du puits» qui a trait en la matière. La France, l’Europe comme l’Australie ont des systèmes de Santé officiels publics et privés qui coexistent dans l’harmonie; au Canada, ils existent en cachette, par voie de copinage, de passes droit et de cooptation.
S’il veut parler de filet social, il serait important que les chômeurs qui ont cotisé pendant leur emploi reçoivent une prestation d’assurance une fois l’emploi perdu (même si cette prestation est directement liée à la durée de la cotisation). Aujourd’hui, 55% des cotisants sont volés par le gouvernement qui leur refuse toute compensation.
Je n’ai pas vérifié les chiffres avancés dans cet article, mais ca semble assez juste. Disons qu’apres avoir lu le discours officiel, ce contre point vous donnera une vision plus proche de la réalité actuelle. Ce texte rédigé en 2004 reste malheureusement tres pertinent pour l’essentiel. D’ailleurs un article français publié en mars 2009 titre même immigrer au quebec : l’arnaque
Laissons aux agents des services de l’immigration du Québec à Paris le soin de continuer à dépeindre cet Eden où le lait et le miel coulent à flots. Ces bons apôtres font cela très bien : Avec 45.000 immigrants qui tombent chaque année dans leurs filets et qui dépensent chacun des milliers de dollars pour s’installer, faites le calcul ! Sans compter qu’après le lobby de l’immigration, il faut affronter le lobby des formations (payantes) puisque le Québec se moque des diplômes, des références et des expériences acquises hors de son auguste territoire. Tant qu’à presser le citron, autant le faire jusqu’à la dernière goutte !
Que le Québec ait un immense besoin de chair à canon francophone pour assouvir diverses arrières pensées stratégiques est une chose. Mais que leurs agents de l’immigration ne cessent, depuis des années, de sillonner les routes de France* à la recherche de pigeons auxquels ils racontent n’importe quoi (comme on va le voir) il est grand temps de réagir…
Le 17 octobre 2008, le président français et le premier ministre du Québec ont signé une “Entente sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles” qui a pour objet de lever l’essentiel des nombreux obstacles pour les travailleurs désirant s’établir de part et d’autre de l’Atlantique.
