Les Chinois hésitent à acquérir des obligations américaines par Bill Bonner
Il s’est passé une chose amusante, ces derniers jours. L’envoyé de Wall Street à Washington — et secrétaire au Trésor US, accessoirement — s’est rendu à Pékin. Sa mission : convaincre les rusés Chinois d’une chose dont tout le monde sait qu’elle fausse — que les obligations américaines sont sûres.
Il y a abondance de papier gouvernemental américain en Chine. Les détentions obligataires à elles seules atteignent 768 milliards de dollars. Les autres actifs libellés en dollars entre les mains chinoises rajoutent environ 700 milliards de dollars. En dépit de tous ces terrils qui encombrent les coffres, les Etats-Unis aimeraient que la Chine achète encore plus de charbon.
Sauf que ces derniers temps, les performances de ces détentions en dollars n’ont pas été franchement fabuleuses. Grâce au soi-disant rebond économique, le dollar a chuté par rapport à tout ou presque. Face à l’or, il a perdu 15% à ce jour en 2009. Par rapport au pétrole, on en est à -50%. Par rapport au cuivre, le dollar a perdu 65% de son pouvoir d’achat. Les bons du Trésor US à 30 ans ont chuté eux aussi — de près de 27% depuis janvier. A vue de nez, la Chine a perdu plus de 200 milliards de dollars à ce jour cette année suite à la chute du dollar et des T-Bonds.
Les Chinois s’inquiètent. Ils ont mis pas mal d’oeufs dans le panier que portent désormais Geithner, Bernanke et al. Et si la Team America n’avait pas le pied aussi sûr qu’elle l’affirme ?
“Il serait utile que M. Geithner puisse nous montrer un peu d’arithmétique“, a déclaré M. Yu Yongding, décrit comme ancien conseiller à la banque centrale chinoise. M. Geithner est venu avec des chiffres, bien entendu. Alors que leur déficit est à 12% du PIB, les Etats-Unis ont l’intention de le faire revenir à 3%, a-t-il déclaré. Mais lorsqu’il a annoncé ce solennel bobard à l’université de Pékin, les étudiants lui ont ri au nez. Les secrétaires au Trésor US n’ont pas l’habitude qu’on leur rie au nez. Il y a près de 40 ans, un secrétaire au Trésor US — John Connally — a exprimé le point de vue impérial : “c’est peut-être notre devise, mais c’est votre problème”. Même après l’effondrement de l’automne 2008, les Etats-Unis ont continué à croire qu’ils pouvaient repasser aux étrangers autant de papier qu’ils le voulaient.
M. Yu Yongding, précédemment cité, a abordé le sujet sans détour : “Je voudrais dire au gouvernement américain : ‘ne soyez pas complaisants en pensant qu’il n’y a aucune alternative pour la Chine à l’achat de vos obligations… L’euro est une alternative. Et il y a beaucoup de matières premières que nous pouvons encore acheter’.”
“Le gouvernement tentera plutôt de faire jouer l’inflation jusqu’à ce que le problème disparaisse“. Même Warren Buffett a annoncé à CNBC que la solution probable aux soucis de l’Amérique était l’inflation.
Yu a rétorqué : “vous ne devriez pas essayer de faire jouer l’inflation pour vous débarrasser de vos dettes“… Mais c’est exactement ce que les Etats-Unis essaient de faire. Jusqu’à présent, ce n’est pas la bonne foi qui protège les actifs en dollars de la Chine. C’est une dépression… et l’incompétence. L’équipe de Geithner tente de créer de l’inflation, mais ne maîtrise pas encore tout à fait le processus. Laissez-leur un peu de temps.
J’aime le style imagé et humorisitique de Bill Bonner, patron de presse et journaliste financier. Il informe tout en amusant le lecteur avec son humour et ironie. Avec ce style, il rend la finance moins compliqué et plus attrayante. C’est un excellent “vulgarisateur” et sa passion est contagieuse.
Le déficit américain pour cette année est de 1 840 G$. Tous les deux mois, les autorités doivent emprunter l’équivalent de l’intégralité du déficit de l’année dernière, qui battait déjà des records.
